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Cycle Violence et représentation

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Vers de nouvelles voies d’interprétation des phénomènes artistiques à la lumière des analyses girardiennes de la violence et du sacré

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Violence et représentation

Cycle de conférences mensuelles

Parce qu’elle concerne les phénomènes humains en tant que tels, la théorie mimétique éclaire les domaines les plus divers des sciences de l’homme. Mais il ne faut pas oublier que René Girard en a élaboré la première application dans le champ de la littérature, c’est-à-dire dans une forme particulière de création artistique. À ses yeux, il n’y avait pas de différence de nature entre un savoir contenu dans un texte littéraire et un savoir forgé dans un but scientifique (à ceci près que le premier, surtout s’il émane d’un Shakespeare ou d’un Dostoïevski, offrira plus de profondeur que le second). Mais face aux autres formes d’art, en particulier face aux images, la théorie mimétique s’est montrée plus timide. Le cinéma seul semblait pouvoir en bénéficier pleinement, du fait de son contenu narratif qui l’apparente au roman. Que la notion d’imitation, si décisive pour l’histoire de l’art, n’ait pas été explorée à la lumière de la théorie mimétique, et que, symétriquement, les anthropologues réceptifs aux questions soulevées par René Girard n’aient guère cherché à étendre leur réflexion au domaine des arts visuels, voilà qui ne laisse pas d’étonner. C’est sans doute que les enjeux de la confrontation ne se situent pas au croisement des deux sortes d’imitation, l’artistique et l’anthropologique, mais plutôt dans le renouvellement et l’élargissement des analyses prenant en compte les questions de la violence et du sacré. Du reste, l’interprétation, inaugurée par Girard à la fin de sa vie, des images retrouvées à Çatal Höyük, le célèbre site anatolien du premier urbanisme néolithique, indiquait une voie qu’on aurait tort de réserver au seul monde archaïque.

Sous le titre "Violence et représentation", ce cycle de conférences cherchera à aller plus loin dans la direction indiquée, mais aussi — espérons-le — à ouvrir de nouvelles voies d’interprétation. Une anthropologie de l’art qui situe les images dans une économie de la violence et du sacré, une sociologie de l’art qui situe l’œuvre d’art dans le monde des objets du désir, une phénoménologie de l’art qui situe les chefs-d’œuvre de la peinture ou de la sculpture dans une phylogenèse des pratiques du peintre et du sculpteur, formeront l’horizon de ces travaux.

Sous le direction de Jérome Thélot et Jean Nayrolles

Ce cycle est organisé par l'Association Recherches mimétiques (www.rene-girard;fr), en partenariat avec l'Université de Tououse , FRAMESCA (laboratoire de recherche "France, Amériques, Espagne–Sociétés, pouvoirs, acteurs")

>> AFFICHE DU CYCLE

Samedi 20 février de 15h à 17h : Jean Nayrolles

"Portrait de l'artiste au centre du monde".

En jouant le rôle de victime émissaire, l’artiste moderne a accompli une étrange mutation dans l’ordre symbolique qui régit la création

Jean Nayrolles est professeur d'Histoire de l'art à l'Université Toulouse-Jean Jaurès et membre du laboratoire de recherche "France, Amériques, Espagne–Sociétés, pouvoirs, acteurs" (FRAMESPA)

Nous savons depuis le siècle dernier que la culture la plus raffinée ne contient aucun antidote contre la violence la plus monstrueuse. Ne voulant plus soutenir que les arts adoucissent les mœurs, on pourrait finir par croire que les mœurs et les arts vivent des destins séparés. Mais il n’en est rien. La sphère de l’art n’a jamais cessé de se couler dans la matrice anthropologique dont est toujours sortie l’instance sacrée, or cette matrice n’est autre que la structure de la violence émissaire. La création artistique a partie liée avec celle-ci depuis des temps très reculés qui, à en croire de nombreux mythes, virent les premiers corps sculptés ou peints se substituer aux corps des victimes promises à un rituel de mort. De cette genèse refoulée, il n’est surtout resté, jusque dans les premiers siècles modernes, qu’une vive fascination pour la puissance des anciennes oblations sanglantes dont l’art et la littérature se sont fait amplement l’écho.

Mais avec la révolution romantique, la structure sacrificielle connaît à nouveau une profonde mutation. Délaissée en tant qu’image extérieure, elle se voit à la fois intériorisée par les artistes et renversée dans sa forme. Alors que la victime était autrefois désignée par un rassemblement unanime, voilà qu’elle s’auto-désigne désormais en définissant elle-même le cercle d’hostilité refermé autour de sa personne. S’attribuant la place située au centre de ce cercle extensible à l’infini, l’artiste moderne se retrouve, symboliquement, au centre du monde. Ce faisant, il apparaît comme absolument unique au sein de la communauté humaine. Et c’est de cette unicité que la création moderne tirera toute sa force. Conçue à distance du cercle d’hostilité, l’œuvre d’art se déploie désormais hors du sens et du goût communs, puisant dans le schéma ainsi formé les conditions de sa radicale nouveauté.

Samedi 13 mars : Jérôme Thélot

" Géricault. Généalogie de la peinture "

Jérôme Thélot est essayiste et traducteur, et professeur de littérature française à l’Université de Lyon.

Samedi 10 avril : Olivier Rey

" Ce que la Pietà d’Avignon donne à voir et à entendre "

Olivier Rey est mathématicien et philosophe, chercheur au CNRS, enseignant en philosophie à l’Université Paris 1

Samedi 8 mai : Jeanne Dorn

"Bonnefoy et Poussin"

Jeanne Dorn est doctorante en histoire de l'art à l'université Paris X Nanterre, où elle prépare une thèse sur la pensée de l'art d'Yves Bonnefoy.

Samedi 12 juin : Jean-Marc Bourdin

"Marcel Duchamp ou comment sacrifier (à) la mode du refus

Jean-Marc Bourdin a soutenu une thèse de doctorat en philosophie sur René Girard à l'Université Paris-VIII.

Samedi 11 septembre : Rémi Labrusse

« Violence et Néolithique : un mythe moderne ? »

Rémi Labrusse est professeur d’histoire de l’art contemporain, co-directeur du laboratoire Histoire des arts et des représentations (Paris Nanterre)

Samedi 9 octobre : Didier Laroque

« Le temple dorique et le sacrifice »

Didier Laroque est professeur d'esthétique à l'Ecole nationale supérieure d'architecture Paris-Val de Seine

Samedi 13 novembre : Table ronde

Table ronde avec tous les intervenants du cycle et Lucien Scubla, philosophe et anthropologue.

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